Les guérisseuses de chevaux, une histoire qu'on n'a presque pas écrite

Pendant des siècles, ce sont des femmes qui ont soigné les chevaux des campagnes. On ne connaît presque aucun de leurs noms, et ce silence en dit long à lui seul.

Les guérisseuses de chevaux, une histoire qu'on n'a presque pas écrite

Quand on pense à l'histoire de la médecine vétérinaire, on pense à des écoles, des diplômes, des hommes en blouse. La première école vétérinaire d'Europe ouvre à Lyon en 1761, et à l'époque, l'idée qu'une femme puisse y suivre les cours est jugée impensable : on estimait qu'elle « n'aurait pas été capable » d'en apprendre les leçons.

Et pourtant, bien avant cette école, et longtemps après son ouverture, ce sont des femmes qui ont soigné une grande partie des chevaux d'Europe. On ne leur a simplement jamais donné de titre pour ça.

Un savoir de campagne, transmis de mère en fille

Dans les campagnes européennes, jusqu'au XIXe siècle et parfois bien au-delà, la médecine populaire était en grande partie féminine. Les femmes étaient les gardiennes de ces savoirs de soin : pour les corps humains comme pour les bêtes de la ferme, chevaux compris. Ce savoir ne s'apprenait pas dans un livre : il se transmettait de génération en génération, par l'observation et l'expérience, souvent gardé comme un secret de famille.

Beaucoup de ces femmes étaient ce qu'on appelait en Angleterre des wise women, des "femmes sages", des guérisseuses de village qui soignaient aussi bien les fièvres des enfants que les blessures des chevaux, avec ce qu'elles trouvaient dans les champs et les forêts autour d'elles. Au XVIe siècle et bien après, elles rendaient pour les animaux le même service que les vétérinaires du Moyen Âge avaient rendu avant elles.

Pourquoi on ne connaît presque aucun nom

Ce n'est pas un hasard si cette histoire reste si silencieuse. Ces femmes étaient rarement lettrées ; leur savoir circulait par la parole, pas par l'écrit : beaucoup composaient même des comptines pour retenir leurs remèdes. Rien n'était déposé, signé, publié. Et quand la médecine vétérinaire est devenue une profession officielle, ce sont précisément ces praticiennes empiriques (guérisseuses, mais aussi maréchaux-ferrants et bergers) que la nouvelle profession a cherché à écarter.

Il faudra attendre extraordinairement longtemps pour que la porte se rouvre : en France, ce n'est qu'en 1984 qu'une promotion de vétérinaires diplômés compte pour la première fois une majorité de femmes. Deux siècles se sont écoulés entre l'exclusion actée à Lyon et ce premier retournement.

Ces femmes sans nom n'ont laissé ni statue ni ouvrage. Seulement des chevaux soignés, une génération après l'autre, et un silence qu'on commence tout juste à interroger.

Et toi, as-tu dans ta famille le souvenir d'un savoir de soin transmis ainsi, de femme en femme ? Ça m'intéresse toujours de lire ces histoires en commentaire.

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